L'empirisme affirme que toute connaissance provient de l'expérience sensible. Contre Descartes et ses idées innées, Locke et Hume posent les fondements d'une philosophie radicalement différente.
Essai sur l'entendement humain (1689) — une théorie des idées et une philosophie de l'esprit qui construit l'empirisme comme alternative au rationalisme cartésien.
Voit la fin des guerres de religion, l'essor du rationalisme et s'oppose à l'absolutisme monarchique. Exilé sous Jacques II, il rentre après la Glorieuse Révolution (1688).
« La connaissance de l'homme ne saurait s'étendre au-delà de sa propre expérience. »
« Supposons donc qu'au commencement l'âme est ce qu'on appelle une table rase [white paper], vide de tous les caractères sans aucune idée, quelle qu'elle soit. Comment vient-elle à recevoir des idées ? D'où puise-t-elle tous ces matériaux ? À cela je réponds en un mot, de l'expérience : c'est le fondement de toutes nos connaissances. »
Données immédiates de l'expérience sensible — les cinq sens. Ex. : perception du blanc, du chaud, du dur, du doux, de l'amer.
« Opération de l'esprit » portant sur les sensations déjà reçues. Ex. : penser, douter, croire, raisonner, connaître, vouloir.
« Rien n'est dans l'esprit qui n'ait été auparavant dans les sens ! »
Absence de consentement universel — si les idées étaient innées, tous les hommes les partageraient. Or ce n'est pas le cas.
Manque chez les enfants — les enfants n'ont pas conscience des prétendues idées innées à la naissance.
Ignorance des idées innées — beaucoup d'adultes ignorent ces idées, ce qui contredit leur caractère universel et naturel.
Besoin d'enseignement — si ces idées étaient innées, il ne faudrait pas les enseigner. Or l'éducation est nécessaire.
Âge minimum requis — comprendre ces idées exige un certain développement mental, ce qui prouve qu'elles sont acquises.
Pléthore d'idées innées et absence de liste — les rationalistes ne s'accordent pas sur la liste des idées innées.
« […] ou, pour m'exprimer dans un langage philosophique, toutes nos idées ou plus faibles perceptions sont des copies des impressions ou plus vives perceptions. […] »
Les réflexions sont moins claires et distinctes que les sensations — à l'inverse de ce que prétend Descartes pour ses idées innées.
Perception vive et directe — donnée immédiate des sens ou des émotions. Force et vivacité maximales.
Copie affaiblie d'une impression — représentation mentale moins vive, issue de la mémoire ou de l'imagination.
« Toutes nos idées ou plus faibles perceptions sont des copies des impressions ou plus vives perceptions. »
Donnée brute et irréductible, qui ne se décompose plus.
Ex. impression : la sensation du rouge, du chaud, du sucré.
Ex. idée : se souvenir uniquement du rouge d'une pomme.
Combinaison de plusieurs perceptions simples — simultanées pour l'impression, recomposées par l'esprit pour l'idée.
Ex. impression : pomme → forme + couleur + goût + poids + taille + odeur.
Ex. idée : montagne d'or = montagne + or (deux impressions réelles combinées).
Les idées simples correspondent toujours à des impressions simples. Les idées complexes peuvent être combinées librement par l'esprit — mais leurs éléments simples renvoient toujours à des impressions réelles.
Toute idée / réflexion dérive d'une sensation / impression. Il n'existe pas d'idée sans impression correspondante.
L'esprit ne peut pas créer à partir de rien. Ses opérations combinatoires lui permettent de décomposer, combiner, agrandir et diminuer des idées — mais toujours à partir d'impressions réelles. Glisse la corne ou les ailes sur le cheval pour créer de nouvelles idées complexes.
Un sourd de naissance n'a aucune idée de la musique — faute de l'impression auditive correspondante.
N'avoir jamais goûté le Durian rend impossible toute idée précise de son goût ou de son odeur.
Un homme doux qui n'a jamais ressenti de colère n'a aucune idée de la vengeance.
L'idée de télékinésie (tordre une cuillère par la pensée) n'a aucune impression correspondante dans l'expérience réelle.
L'absence de sensation entraîne nécessairement l'absence de l'idée correspondante — preuve que toute idée est a posteriori.
D'une affirmation générale vers une conclusion particulière. Raisonnement a priori, nécessaire.
D'une expérience particulière vers une règle générale. Raisonnement a posteriori, probable — jamais certain.
Hume rappelle que l'induction relève du probable et non du nécessaire. Une expérience sensible ne se laisse jamais universaliser avec certitude.
a) « Tous les empiristes sont des sceptiques. Locke est un empiriste. Donc Locke est sceptique. »
b) « Hume est un empiriste. Hume nie les idées a priori. Donc tous les empiristes nient les idées a priori. »
Rapport nécessaire liant la cause à l'effet. A → B.
Lien entre deux événements qui varient ensemble — sans relation causale nécessaire.
« X et Y sont corrélés, donc X cause Y » — c'est faux ! Il se pourrait que :
Y cause X · X et Y ont une cause commune Z · X et Y sont accidentellement liés
Dans les communes qui abritent des cigognes, le taux de natalité est plus élevé. Conclusion : les cigognes apportent les bébés !
« Un événement en suit un autre ; mais nous ne pouvons jamais observer aucun lien entre eux. […] cette idée de connexion nécessaire naît d'une pluralité de cas semblables. »
On observe une succession d'événements, mais l'impression sensible du lien entre ces événements est introuvable.
La causalité est le résultat de l'habitude formée par l'expérience répétée — un principe de l'esprit, pas de la réalité.
« […] permettre de bannir tout ce jargon qui a pris pendant tant de temps possession des raisonnements métaphysiques et les a discrédités. Toutes les idées, spécialement les idées abstraites, sont par nature vagues et obscures […] »
Si une idée a une origine empirique — c'est-à-dire une impression correspondante — alors elle a une signification légitime.
À défaut d'une telle impression, la notion constitue une pseudo-idée — un jargon vague sans fondement empirique.
Ce critère permet de séparer la science exacte du jargon métaphysique. Toute notion qui ne renvoie à aucune impression est à bannir du discours philosophique — y compris la causalité, le moi et l'âme.
« En effet, de quelle impression pourrait dériver cette idée ? […] il n'y a pas d'impression constante et invariable. […] par conséquent une telle idée n'existe pas. »
Pour Descartes, le « moi pensant » est une vérité certaine et indubitable. Mais d'où vient cette idée du moi ? Quelle est l'impression correspondante ?
Le « moi » est simplement une série d'impressions variables dans un flux perpétuel — jamais une impression constante. Donc le cogito est une notion métaphysique sans signification.
a) Si une idée a une origine empirique (impression) → elle a une signification.
b) À défaut d'une telle impression → c'est une pseudo-idée (ex. l'âme, le moi, les notions métaphysiques).
Un homme aveugle de naissance a appris à distinguer une sphère et un cube par le toucher. S'il recouvre la vue, pourrait-il les distinguer uniquement par la vue, sans les toucher ?
Oui — il devrait pouvoir transférer sa connaissance tactile au domaine visuel.
Non. Prouvé en 2003 par Pawan Sinha (MIT) : les sujets opérés n'avaient pas de capacité innée de transfert tactile → visuel. La connaissance sensorielle ne se transfère pas automatiquement.
La connaissance n'est pas innée ni transférable par la seule raison — elle s'acquiert par chaque sens séparément. Il n'existe pas de connaissance a priori des formes.
| 🧠 Descartes | 📖 Locke | 🔬 Hume | |
|---|---|---|---|
| Courant | Rationalisme | Empirisme | Empirisme sceptique |
| Source du savoir | La raison (a priori) | L'expérience (a posteriori) | Les impressions sensibles |
| Idées innées | ✓ Oui — fondement de la connaissance | ✗ Non — table rase à la naissance | ✗ Non — toute idée = copie d'impression |
| Le cogito | Premier principe indubitable | Pas d'impression correspondante | Pseudo-notion — le moi n'est qu'un flux d'impressions |
| La causalité | Relation nécessaire déductible | Issue de l'observation répétée | Habitude de l'esprit — jamais nécessaire |
| La métaphysique | Fondement de la science | Domaine discutable | Jargon vague — pseudo-idées sans impression |