Philosophia
John Locke aux longs cheveux gris et à la cravate blanche, le regard pensif tourné de côté
Politique Chapitre II

John Locke

Entre obéissance absolue et liberté universelle : comment Locke fonde-t-il l’autorité politique — et quelles limites lui fixe-t-il ?

Introduction Locke · La légitimation de l’autorité politique

Comment légitimer l’autorité politique ?

Comment justifier qu’un pouvoir puisse commander aux hommes ?

« L'une prêche une obéissance absolue, tandis que l'autre revendique une liberté universelle, mais sans dire quelles sont les choses où l'on a le droit à la liberté. »
— John Locke

Locke développe sa philosophie politique dans le même contexte historique que Hobbes — une époque de révolutions qui remettent en question la légitimation divine du roi. Plutôt que d’accepter aveuglément les dogmes, Locke cherche à reconstruire l’origine du pouvoir politique.

Insuffisant
  • L’obéissance absolue — soumet l’homme sans justification
  • La liberté universelle — sans limites ni devoirs
La solution de Locke

Une position intermédiaire : une liberté encadrée, une obéissance légitimée — fondées sur la nature humaine et sur le droit de la raison.

Anthropologie Locke · Liberté & égalité

Liberté & Égalité

Les deux piliers de la conception lockéenne de l’homme — à l’opposé de Hobbes.

Liberté

La liberté consiste à disposer librement de sa propre personne, sur laquelle aucun autre homme n’a de pouvoir. Les hommes sont doués de raison, qui doit servir les intérêts de leur vie.

« La liberté consiste dans la faculté de pouvoir disposer librement de sa personne. »
Égalité

L’égalité s’explique par la situation commune de tous les hommes au sein de la création. Chaque homme, doté des mêmes facultés, a le même pouvoir que tous les autres.

« L'égalité s'explique par une situation commune de tous les hommes. »
Comparaison avec Hobbes

Alors que Hobbes voit dans la liberté et l’égalité une source de conflit (la guerre de tous contre tous), Locke les considère comme le fondement de la raison et de la coopération — l’homme n’est pas mauvais par nature.

Théorie du droit Locke · Loi naturelle & Droit de nature

Droit naturel & droit de propriété

Pour Locke, le droit de propriété est le droit naturel fondamental.

Le droit naturel (Naturrecht / droit naturel) désigne l’ensemble des règles normatives considérées comme universelles et immuables. Ces règles reflètent la nature de l’homme.

Loi naturelle

La loi naturelle est universelle et indépendante des conventions — elle est inscrite dans la raison et vaut pour tous les hommes, en tout temps.

Le droit naturel chez Locke

Le droit naturel est le droit de propriété et le droit de la défendre. Par propriété, Locke entend la personne elle-même et tout ce qu’elle peut produire — sa vie, sa liberté, ses biens.

« Par propriété, Locke entend la personne elle-même et tout ce qu'elle peut produire et qui fait partie de sa vie. »
— John Locke, Traité du gouvernement civil
Différence essentielle avec Hobbes

Chez Hobbes, l’homme a dans l’état de nature un droit sur tout. Chez Locke, il a un droit précis sur sa propriété — c’est ce fondement qui justifie l’État et qui le limite.

Analyse de texte Locke · § 123 — Pourquoi l’homme se soumet-il ?

§ 123 — La soumission à une autorité

Quelle raison pousse l’homme à se soumettre à une autorité ?

John Locke, Traité du gouvernement civil, chap. IX, § 123

Le problème de l’état de nature

Comme tous les hommes sont égaux et que personne n’est au-dessus d’un autre, le droit de propriété n’est pas assuré. Chacun est à la fois juge et partie.

La solution : une autorité

L’homme se soumet à une autorité pour garantir sa propriété. Le droit de propriété est un droit naturel fondamental.

Thèse centrale

Ce n’est pas la peur (comme chez Hobbes), mais l’intérêt rationnel à protéger sa propriété qui pousse l’homme vers le contrat social. L’État naît de la raison, non du désespoir.

Analyse de texte Locke · § 124 — Premier défaut de l’état de nature

§ 124 — Pas de lois établies

Premier défaut sur trois : que manque-t-il dans l’état de nature ?

John Locke, Traité du gouvernement civil, chap. IX, § 124

Premier défaut : pas de lois

Dans l’état de nature, il manque des lois établies, connues et approuvées par tous. Certes, la loi naturelle est intelligible à toute créature raisonnable, mais les hommes sont guidés par leur intérêt et la connaissent souvent mal. Quand il s’agit de leur propre cas, ils ne se sentent guère tenus de l’observer.

→ Remède : le pouvoir législatif
Analyse de texte Locke · § 125 — Deuxième défaut de l’état de nature

§ 125 — Pas de juge impartial

Deuxième défaut sur trois : que manque-t-il dans l’état de nature ?

John Locke, Traité du gouvernement civil, chap. IX, § 125

Deuxième défaut : pas de juge

Dans l’état de nature, chacun est juge dans sa propre cause : chacun peut faire appliquer lui-même la loi naturelle et punir les autres. Mais celui qui juge son propre cas est partial. La passion et la vengeance mènent aux excès, et il en naît une infinité d’injustices.

→ Remède : le pouvoir judiciaire
Analyse de texte Locke · § 126 — Troisième défaut de l’état de nature

§ 126 — Pas de pouvoir pour faire exécuter

Troisième défaut sur trois : que manque-t-il dans l’état de nature ?

John Locke, Traité du gouvernement civil, chap. IX, § 126

Troisième défaut : pas de force exécutive

Même une sentence juste ne sert à rien si personne ne peut la faire exécuter. Celui qui a commis une injustice se défend par la force, et la punition peut devenir dangereuse, voire mortelle pour celui qui veut l’appliquer.

→ Remède : le pouvoir exécutif
Analyse de texte Locke · § 127 — La source commune des pouvoirs

§ 127 — La source commune

D’où vient le pouvoir de légiférer et de gouverner ?

John Locke, Traité du gouvernement civil, chap. IX, § 127

Thèse centrale

À cause de ces trois défauts, les hommes renoncent de bon cœur à leur droit de punir eux-mêmes et le confient à ceux qu’ils ont élus. Le droit originel de se défendre, soi et sa propriété, est ainsi la source commune du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif, et même de la société et du gouvernement.

Théorie de l’État Locke · Les trois pouvoirs

Les trois pouvoirs

Locke distingue trois pouvoirs de l’État — chacun répond à un défaut de l’état de nature.

Législatif
Séance à la Chambre des députés du Luxembourg : un député parle à la tribune devant l’hémicycle, derrière lui le bureau de la présidence, le lion des armoiries, le drapeau luxembourgeois et le drapeau européen.

Le pouvoir législatif

Propose et vote les lois. Ex. : le Parlement, la Chambre des députés.

Défaut de l’état de nature : pas de lois établies et légitimes
Judiciaire
Audience dans un tribunal luxembourgeois : trois juges en robe noire écoutent sous le lion des armoiries ; une avocate plaide, en face un jeune prévenu se tient à côté de son avocat ; sur la table, les pièces à conviction, au premier plan le public.

Le pouvoir judiciaire

Juge les infractions aux lois. Ex. : les cours et tribunaux.

Défaut de l’état de nature : chacun est juge et partie — aucun jugement impartial
Exécutif
Dans une rue de la vieille ville de Luxembourg, une policière rend son vélo volé à une jeune femme soulagée, tandis qu’un policier, un dossier sous le bras, conduit calmement le jeune voleur vers la voiture de police ; sur la façade, le lion rouge des armoiries.

Le pouvoir exécutif

Fait appliquer les lois. Ex. : le gouvernement, l’administration.

Défaut de l’état de nature : aucun pouvoir capable de faire exécuter les lois

Pour chaque situation, choisis le pouvoir concerné.

  1. 1. La Chambre des députés vote une nouvelle loi sur la protection du climat. → Législatif : Voter les lois, c’est le rôle du pouvoir législatif.
  2. 2. Un tribunal condamne un voleur de vélo à une amende. → Judiciaire : Juger une infraction selon la loi, c’est le rôle du pouvoir judiciaire.
  3. 3. Une patrouille de police contrôle et arrête un conducteur ivre. → Exécutif : Faire respecter la loi sur le terrain, c’est le pouvoir exécutif.
  4. 4. Un juge tranche un différend entre deux voisins à propos d’une clôture. → Judiciaire : Un tiers impartial décide entre deux parties : pouvoir judiciaire (§ 125).
  5. 5. Les députés débattent et adoptent le budget de l’État. → Législatif : Le budget est voté sous forme de loi : pouvoir législatif.
  6. 6. L’Administration des contributions perçoit les impôts. → Exécutif : Appliquer les lois fiscales, c’est le travail de l’administration : pouvoir exécutif.
  7. 7. La Cour constitutionnelle vérifie qu’une loi respecte la Constitution. → Judiciaire : Contrôler la conformité d’une loi, c’est une tâche de juges : pouvoir judiciaire.
  8. 8. Un député propose de modifier le Code de la route. → Législatif : Proposer et modifier des lois relève du pouvoir législatif.
  9. 9. Le ministre de l’Éducation fait appliquer dans tous les lycées la nouvelle interdiction du téléphone portable. → Exécutif : Le gouvernement met en œuvre la règle dans les écoles : pouvoir exécutif.
  10. 10. Un huissier fait saisir les biens d’un débiteur après un jugement. → Exécutif : Exécuter une sentence par la contrainte : pouvoir exécutif (§ 126).
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La source du pouvoir

Le droit originel de défendre sa propriété est la source du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif. Les citoyens transfèrent ce droit à l’État.

Théorie du contrat Locke · Le contrat social

Le contrat social

Le contractualisme : l’autorité ne naît pas d’un droit divin, mais d’un libre accord.

Le contractualisme est une doctrine philosophique selon laquelle l’origine de la société et de l’État repose sur un contrat entre les hommes. Chez Locke, c’est la protection de la propriété qui motive ce contrat.

Le contrat social…

  • …est conclu par libre consentement
  • …est un engagement pour chacun
  • …implique une responsabilité réciproque
  • …garantit les droits individuels
  • …est le fondement idéal de l’organisation de la vie sociale
Distinction importante

Il faut distinguer le contrat social du contrat de gouvernement :

  • Contrat social — fonde la société en tant que telle
  • Contrat de gouvernement — fixe la forme concrète de gouvernement de la société ainsi fondée
Contractualisme vs. absolutisme

Le contractualisme remplace l’acceptation aveugle d’une autorité absolue par un modèle où l’autorité naît d’un accord — et peut donc aussi être révoquée.

Théorie du contrat Locke · §§ 128–131 — Les clauses du contrat social

Les clauses du contrat social

À quoi renonce-t-on — et que reçoit-on en échange ? Complète toi-même les clauses du contrat d’après les §§ 128–131, puis signe-le.

Acte fondateur de la société civile
Contrat social
d’après John Locke, Traité du gouvernement civil, chap. IX

Préambule. Nous, soussignés, hommes libres et égaux dans l’état de nature, considérant que la jouissance de nos droits y est fort incertaine et exposée sans cesse à l’invasion d’autrui, nous unissons en un corps politique pour la conservation mutuelle de nos vies, libertés et biens, que nous appelons d’un nom général nos propriétés.

Titre I — Ce à quoi chacun renonce

Article 1er (§ 129) — Chaque membre renonce au pouvoir de faire tout ce qu’il juge à propos pour sa conservation. Ce pouvoir sera désormais réglé par les lois de la société, qui restreignent en plusieurs choses la liberté naturelle.

Article 2 (§ 130) — Chaque membre renonce au pouvoir de punir les crimes commis contre les lois de la nature. Il engage sa force naturelle pour assister et fortifier le pouvoir exécutif de la société.

Titre II — Ce que la société garantit en échange

Article 3 (§ 131) — Le pouvoir de la société ne pourra jamais s’étendre plus loin que le bien public ne le demande. Il se réduit à mettre en sûreté et à conserver les propriétés de chacun.

Article 4 (§ 131) — Quiconque détient le pouvoir législatif ou souverain est obligé :

  1. de gouverner suivant des lois établies et connues du peuple, non par des décrets arbitraires ; → remède à l’absence de lois (§ 124)
  2. d’établir des juges désintéressés et équitables qui décident les différends par ces lois ; → remède à l’absence de juge (§ 125)
  3. d’employer les forces de la communauté seulement pour faire exécuter ces lois au-dedans, ou repousser les invasions au-dehors. → remède à l’absence de force exécutive (§ 126)

Article 5 (§ 131) — En tout cela, le gouvernement ne se propose d’autre fin que la tranquillité, la sûreté et le bien du peuple.

Fait à Luxembourg, le
    Théorie politique Locke · La souveraineté limitée

    La souveraineté limitée

    La rupture décisive de Locke avec l’absolutisme — le gouvernant n’est pas un souverain, mais un fonctionnaire.

    Absolutisme

    Système dans lequel le souverain est au-dessus des lois et où les sujets ont très peu de droits.

    → Hobbes : le Léviathan est au-dessus de tout
    Libéralisme (Locke)

    Système dans lequel le pouvoir du gouvernement est limité et où la liberté des citoyens est aussi grande que possible.

    → Locke : le gouvernant n’est qu’un fonctionnaire
    Principe 1

    Le souverain est un fonctionnaire — lui aussi est soumis aux lois.

    Principe 2

    Le peuple délègue l’autorité — il ne l’abandonne pas (cf. Hobbes).

    Principe 3

    Les individus ne peuvent jamais renoncer entièrement à leur liberté.

    Ce qui inquiète Locke

    Locke ne craint pas l’anarchie — il craint le pouvoir arbitraire d’un gouvernant. L’ennemi de la liberté n’est pas le chaos, mais l’autorité sans contrôle.

    Résistance Locke · Le droit de résistance

    Le droit de résistance

    Quand le souverain rompt le contrat, le peuple a le droit de résister.

    La rupture

    Si le souverain ne remplit pas ses fonctions, le peuple a le droit de rompre le contrat social et de contester l’autorité de l’État.

    Désobéissance civile

    Le citoyen a le droit de refuser publiquement et délibérément une autorité qu’il juge injuste — la désobéissance civile comme moyen politique.

    Exemples historiques

    La marche du sel de Gandhi en Inde (1930, sur l’image), la Glorieuse Révolution en Angleterre (1688), la grève générale du 31 août 1942 au Luxembourg, Rosa Parks à Montgomery (1955), la place Tian’anmen (1989) — des moments où des citoyens ont revendiqué le droit de résister à un pouvoir injuste.

    Comparaison Hobbes vs. Locke — Face à face

    Hobbes vs. Locke

    Deux réponses à la même question — aux conséquences opposées.

    Hobbes
    L’homme est mauvais par nature — égoïste, méfiant
    État de nature = guerre de tous contre tous
    Motivation : la peur
    Souverain : pouvoir absolu, au-dessus de la loi
    Contrat : irrévocable — aucun droit de résistance
    But : la sécurité
    VS
    Locke
    L’homme est raisonnable — libre et égal
    État de nature = incertain, mais pas hostile
    Motivation : la raison (protéger la propriété)
    Souverain : pouvoir limité, soumis à la loi
    Contrat : révocable — droit de résistance en cas de rupture
    But : liberté & propriété
    Synthèse Locke · Les thèses essentielles

    Locke — Les quatre thèses essentielles

    Le fondement de sa pensée libérale de l’État.

    01
    Liberté & égalité

    L’homme est par nature libre et égal. C’est la raison qui le guide — non la peur.

    02
    Droit de propriété

    Le droit naturel fondamental est le droit de propriété — la vie, la liberté, les biens. Il fonde l’État.

    03
    Contrat social

    L’État naît d’un libre consentement — non de la soumission. L’autorité est déléguée, non cédée.

    04
    Souveraineté limitée

    Le gouvernant est un fonctionnaire. S’il viole le contrat, le peuple a droit à la résistance.

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