De la méthode socratique à la maïeutique — un voyage au cœur de la philosophie de Socrate.
« Les produits de la peinture sont comme s'ils étaient vivants ; mais pose-leur une question, ils gardent gravement le silence. Il en est de meme des discours écrits. »
Socrate n'a laisse aucun écrit. Ses pensees philosophiques se sont transmises par les œuvres philosophiques de ses disciples, notamment Platon et Xenophon. Selon Socrate, l'écriture est une pensée morte : l'écrit ne peut pas répondre aux questions de celui qui cherche a comprendre.
L'écriture — pensée morte
Le discours écrit ne peut pas répondre aux questions, ne peut pas s'adapter a l'interlocuteur. Il en est de meme pour la peinture — beau mais muet. « pose-leur une question, ils gardent gravement le silence »
Le dialogue — pensée vivante
Sa méthode preferee est le dialogue — l'échange argumentatif direct entre orateur et auditeur, qui reagit, s'adapte et cherche la vérité de manière vivante.
La méthode de Socrate est le dialogue : l'échange argumentatif direct qui fait émerger la vérité par le questionnement mutuel — c'est une pensee vivante.
La maïeutique (du grec maieutike, « l'art de faire accoucher ») designe la façon dont l'interrogation socratique amène l'interlocuteur à retrouver la vérité par ses propres forces.
Le role des sages-femmes
Est-ce que les sages-femmes enfantent elles-mêmes ? Non — elles aident a donner naissance. De meme, Socrate n'engendre pas la connaissance lui-meme.
Le role de Socrate
Socrate aide les gens a exprimer des connaissances par leurs propres forces. C'est l'art de mettre au monde des idées qui sont déjà contenues dans la conscience de chacun.
J'ai d'ailleurs cela de commun avec les sages-femmes que je suis stérile en matière de sagesse, et le reproche qu'on m'a fait souvent d'interroger les autres sans jamais me déclarer sur aucune chose, parce que je n'ai en moi aucune sagesse, est un reproche qui ne manque pas de vérité.
Mon art d'accoucheur comprend donc toutes les fonctions que remplissent les sages-femmes ; mais il diffère du leur en ce qu'il délivre des idées et non des Hommes et qu'il surveille leurs âmes en travail et non leurs corps. Mais le principal avantage de mon art, c'est qu'il rend capable de discerner à coup sûr si l'esprit du jeune homme enfante une chimère ou un fruit réel et vrai.
Et il est clair comme le jour qu'ils n'ont rien appris de moi, et qu'ils ont eux-mêmes trouvé en eux et enfanté beaucoup de belles choses. Mais s'ils en ont accouché, c'est grâce au dieu et à moi.
Et la raison, la voici ; c'est que le dieu me contraint d'accoucher les autres, mais ne m'a pas permis d'engendrer. Je ne suis donc pas du tout sage moi-même et je ne puis présenter aucune trouvaille de sagesse à laquelle mon âme ait donné le jour. Mais ceux qui s'attachent à moi, bien que certains d'entre eux paraissent au début complètement ignorants, font tous, au cours de leur commerce avec moi, si le dieu le leur permet, des progrès merveilleux à leur jugement, mais à celui des autres. — Le Théétète 150b–d, Traduction Émile Chambry
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Étapes à placer
① Ne sert pas à régenter
La méthode socratique ne sert pas a remporter une victoire ou a remplacer les croyances de l'auditeur par celles de l'orateur. « sans jamais me déclarer sur aucune chose »
② Discerne le faux du vrai
La méthode sert à discerner le faux du vrai savoir — a dévoiler le faux savoir de l'auditeur. « de discerner si l'esprit enfante une chimère ou un fruit réel et vrai »
③ L'auditeur tire ses propres conclusions
L'auditeur tire ses conclusions de sa propre raison avec l'aide de l'orateur — Socrate respecte l'autonomie de l'auditeur. « qu'ils ont eux-mêmes trouvé en eux beaucoup de belles choses »
④ Procédure morale
La méthode socratique est une procédure morale. Elle vise la transformation morale de l'auditeur — pas seulement les notions éthiques ou politiques. « des progrès merveilleux non seulement à leur jugement »
« Je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien. »
Un « sophisme » est un raisonnement faux présentant une apparence de vérité.
Les sophistes se distinguent par là nettement de l'attitude de Socrate, qui recherchait la vérité.
| Étape | Socrate (Question) | Gorgias (Réponse) |
|---|---|---|
| Mais, Gorgias, ce que tu dis là est sujet à discussion et n'offre encore aucune précision. | Je veux dire le pouvoir de persuader par ses discours les juges au tribunal, les sénateurs dans le Conseil, les citoyens dans l'assemblée du peuple et dans toute autre réunion qui soit une réunion de citoyens. | |
De quelle persuasion la rhétorique est l'art et à quoi s'applique cette persuasion. Ne trouves-tu pas cette nouvelle question justifiée ? | Je dis, Socrate, que cette persuasion est celle qui se produit dans les tribunaux et dans les autres assemblées, ainsi que je l'indiquais tout à l'heure, et qu'elle a pour objet le juste et l'injuste. | |
Gorgias, dis-nous toi-même quel est l'art dont tu es maître ? Mais la rhétorique, sur quoi porte-t-elle ? | Mon art est la rhétorique. Sur les discours. | |
| De quels discours, Gorgias ? | Ce sont les plus grandes de toutes les affaires humaines, Socrate, et les meilleures. | |
| La rhétorique est donc, à ce qu'il paraît, l'ouvrière de la persuasion qui fait croire, non de celle qui fait savoir relativement au juste et à l'injuste ? | Oui. | |
Alors continuons et examinons encore ceci. Y a-t-il quelque chose que tu appelles savoir ? Et quelque chose que tu appelles croire ? Cependant ceux qui croient sont persuadés aussi bien que ceux qui savent. Alors veux-tu que nous admettions deux sortes de persuasion, l'une qui produit la croyance sans la science, et l'autre qui produit la science ? De ces deux persuasions, quelle est celle que la rhétorique opère dans les tribunaux et les autres assemblées relativement au juste et à l'injuste ? Est-ce celle d'où naît la croyance sans la science ou celle qui engendre la science ? | Oui. Certainement. Il est bien évident, Socrate, que c'est celle d'où naît la croyance. |
Ce dialogue illustre les six étapes de la maïeutique en action. Socrate conduit Gorgias, pas à pas, à reconnaître que la rhétorique ne produit que de la croyance — et non du savoir véritable. L'interlocuteur arrive lui-même à cette conclusion par sa propre réflexion.
Socrate construit sa critique de la rhétorique face au sophiste Gorgias. La rhétorique fait croire et non savoir — elle n'a donc aucun besoin de connaître les choses dont elle parle.
① Une technique de manipulation
La rhétorique est définie comme une technique de manipulation qui sert à persuader ou à convaincre l'auditeur. Elle ne produit donc aucune vraie connaissance.
② Un pouvoir limité
Socrate dévoile le pouvoir limité de cette technique : l'orateur ne peut convaincre que ceux qui n'en connaissent pas plus que lui. La rhétorique est d'autant plus puissante qu'elle s'adresse à des ignorants.
La rhétorique est l'ouvrière de la persuasion qui fait croire — non de celle qui fait savoir. C'est son aveu et sa limite.
L'accusation
Meletos, Anytos et Lycon accusaient Socrate de corrompre les mœurs des jeunes gens et de ne pas reconnaître les mêmes dieux (asebie). On le considerait comme dangereux pour l'ordre public — il avait agacé tout le monde par ses questionnements incessants.
La défense
Il ne s'avoue pas coupable — il veut discerner le faux du vrai savoir. Améliorer son âme (valeurs immatérielles) est plus important qu'amasser une fortune (valeurs matérielles). Sa méthode sert à améliorer le comportement et le jugement de ses concitoyens.
Et si quelqu'un de vous conteste, s'il affirme qu'il en a soin, ne croyez pas que je vais le lâcher et m'en aller immédiatement ; non, je l'interrogeai, je l'examinerai, je discuterai à fond. Alors, s'il me paraît certain qu'il ne possède pas la vertu, quoi qu'il en dise, je lui reprocherai d'attacher si peu de prix à ce qui en a le plus, tant de valeur à ce qui en a le moins. Jeune ou vieux, quel que soit celui que j'aurai rencontré, étranger ou concitoyen, c'est ainsi que j'agirai avec lui […]
Ma seule affaire c'est en effet d'aller par les rues pour vous persuader, jeunes et vieux, de ne vous préoccuper ni de votre corps ni de votre fortune aussi passionnément que de votre âme, pour la rendre aussi bonne que possible ; oui ma tâche est de vous dire que la fortune ne fait pas la vertu, mais que de la vertu provient la fortune et tout ce qui est avantageux, soit aux particuliers, soit à l'État […]
Là-dessus, acquittez-moi ou ne m'acquittez pas ; mais tenez pour certain que je ne changerai jamais de conduite, quand je devrais mille fois m'exposer à la mort.
« Nul n'est méchant . »
L'intellectualisme moral est une conception éthique selon laquelle nul n'est méchant volontairement. Les hommes ne possèdent pas la volonté de faire le mal en toute connaissance de cause.
Dans l'œuvre philosophique de Platon, Protagoras, Socrate exprime l'intellectualisme qui le caractérise. Voici l'extrait dans lequel Socrate défend que le bien résulte de la connaissance de l'idée du bien :
« Pour moi, je suis à peu près persuadé que, parmi les philosophes, il n'y en a pas un qui pense qu'un homme pèche volontairement et fasse volontairement des actions honteuses et mauvaises ; ils savent tous au contraire que tous ceux qui font des actions honteuses et mauvaises les font involontairement… »
Selon lui, la faute morale provient d'une faute intellectuelle. Il faut donc pardonner aux ignorants leurs fautes plutôt que de les condamner.
De cette conception positive de la nature humaine découle l'obligation d'enseigner ses semblables.
Personne n'agit volontairement de manière mauvaise. Le mal naît toujours de l'ignorance.
La méthode socratique sert à dévoiler le faux savoir et guider vers la vérité — une éducation morale.
L'amélioration de l'âme et du jugement moral — non pas la richesse matérielle, mais le progrès spirituel.