Philosophie Platon Grèce antique

Allégorie de la Caverne

Platon — La République, Livre VII · Le passage de la doxa vers l'épistèmê, ou comment l'éducation libère l'homme de l'ignorance confortable.

Vidéo Allégorie de la Caverne — Platon
Biographie Allégorie de la Caverne — Platon

Platon (427–347 av. J.-C.)

Philosophe de la Grèce antique, fondateur de la pensée occidentale

  • Philosophe de la Grèce antique
  • Disciple de Socrate
  • Fondateur de l'Académie d'Athènes — première école philosophique
  • Maître d'Aristote
  • Son œuvre est composée presque exclusivement de dialogues
Introduction Allégorie de la Caverne — Platon 01

Contexte historique

Pourquoi le juste est-il condamné à mort ?

La condamnation de son maître Socrate en 399 av. J.-C. marquait un événement traumatique dans la vie de Platon. L'allégorie de la caverne est une allusion à l'apologie de Socrate, qui a été mis à mort pour avoir voulu interroger les hommes.

La mort de Socrate : le philosophe boit la ciguë, entouré de ses disciples en larmes Les disciples = Le deuil La fenêtre = Le monde du dehors Les chaînes = La prison Socrate = Le juste condamné La coupe = La ciguë
La mort de Socrate, 399 av. J.-C.
Touchez un élément de l'image pour découvrir sa signification.
Pourquoi le juste est-il condamné à mort ?
Question centrale de Platon après la mort de Socrate

Platon était déçu par ses concitoyens trop attachés à leur monde matérialiste et à leur opinion. Une tendance qui se retrouvait aussi dans le travail des sophistes, qui faisaient souvent recours à la rhétorique pour prendre avantage des autres.

Thèse de Platon

Ce n'est pas la voix populaire qui donne le vrai, mais le savoir et la compétence professionnelle.

Allégorie, et non pas mythe

Du grec « allégorein » — parler par images

Allégorie

Un tableau constitué d'images et de symboles, ayant chacun un sens déterminé — un récit imagé construit de façon à figurer une signification.

Forme du texte

Un dialogue entre Socrate et son élève Glaucon d'Athènes. Socrate lui-même n'a rien écrit.

Le texte Allégorie de la Caverne — Platon 02

Les 4 étapes de l'allégorie

Le récit de Socrate à Glaucon — République, Livre VII (trad. Bernard Piettre)

1
La caverne — Le monde des ombres
S.

Imagine des hommes dans une demeure souterraine, une caverne, avec une large entrée, ouverte dans toute sa longueur à la lumière : ils sont là les jambes et le cou enchaînés depuis leur enfance, de sorte qu'ils sont immobiles et ne regardent que ce qui est devant eux, leur chaîne les empêchant de tourner la tête. La lumière leur parvient d'un feu qui, loin sur une hauteur, brûle derrière eux ; et entre le feu et les prisonniers s'élève un chemin en travers duquel imagine qu'un petit mur a été dressé, semblable aux cloisons que des montreurs de marionnettes placent devant le public, au-dessus desquelles ils font voir leurs marionnettes.

G.

Je vois.

S.

Imagine le long du mur des hommes qui portent toutes sortes d'objets qui dépassent le mur ; des statuettes d'hommes et d'animaux, en pierre, en bois, faits de toutes sortes de matériaux ; parmi ces porteurs, naturellement il y en a qui parlent et d'autres qui se taisent.

G.

Voilà un étrange tableau et d'étranges prisonniers.

S.

Ils nous ressemblent. Penses-tu que de tels hommes aient vu d'eux-mêmes autre chose que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face ?

G.

Comment cela se pourrait-il, en effet, s'ils sont forcés de tenir la tête immobile pendant toute leur vie ?

S.

Et pour les objets qui sont portés le long du mur, est-ce qu'il n'en sera pas de même ?

G.

Bien sûr.

S.

Mais, dans ces conditions, s'ils pouvaient se parler les uns aux autres, ne penses-tu pas qu'ils croiraient nommer les objets réels eux-mêmes en nommant ce qu'ils voient ?

G.

Nécessairement.

S.

Et s'il y avait aussi dans la prison un écho que leur renverrait la paroi qui leur fait face ? Chaque fois que l'un de ceux qui se trouvent derrière le mur parlerait, croiraient-ils entendre une autre voix, à ton avis, que celle de l'ombre qui passe devant eux ?

G.

Ma foi non.

S.

Non, de tels hommes ne penseraient absolument pas que la véritable réalité puisse être autre chose que les ombres des objets fabriqués.

G.

De toute nécessité.

2
La libération — La douleur de la vérité
S.

Envisage maintenant ce qu'ils ressentiraient à être délivrés de leurs chaînes et à être guéris de leur ignorance, si cela leur arrivait, tout naturellement, comme suit : si l'un d'eux était délivré et forcé soudain de se lever, de tourner le cou, de marcher et de regarder la lumière ; s'il souffrait de faire tous ces mouvements et que, tout ébloui, il fût incapable de regarder les objets dont il voyait auparavant les ombres, que penses-tu qu'il répondrait si on lui disait que jusqu'alors il n'a vu que des futilités mais que, maintenant, plus près de la réalité et tourné vers des êtres plus réels, il voit plus juste ; lorsque, enfin, en lui montrant chacun des objets qui passent, on l'obligerait à force de questions à dire ce que c'est, ne penses-tu pas qu'il serait embarrassé et trouverait que ce qu'il voyait auparavant était plus véritable que ce qu'on lui montre maintenant ?

G.

Beaucoup plus véritable.

S.

Si on le forçait à regarder la lumière elle-même, ne penses-tu pas qu'il aurait mal aux yeux, qu'il la fuirait pour se retourner vers les choses qu'il peut voir et les trouverait vraiment plus distinctes que celles qu'on lui montre ?

G.

Si.

S.

Mais si on le traînait de force tout au long de la montée rude, escarpée, et qu'on ne le lâchât pas avant de l'avoir tiré dehors à la lumière du soleil, ne penses-tu pas qu'il souffrirait et s'indignerait d'être ainsi traîné ; et que, une fois parvenu à la lumière du jour, les yeux pleins de son éclat, il ne pourrait pas discerner un seul des êtres appelés maintenant véritables ?

G.

Non, du moins pas sur le champ.

3
La montée — L'accoutumance à la lumière
S.

Il aurait, je pense, besoin de s'habituer pour être en mesure de voir le monde d'en haut. Ce qu'il regarderait le plus facilement d'abord, ce sont les ombres, puis les reflets des hommes et des autres êtres sur l'eau, et enfin les êtres eux-mêmes.

G.

Certainement.

S.

Finalement, je pense, c'est le soleil, et non pas son image dans les eaux ou ailleurs, mais le soleil lui-même à sa vraie place, qu'il pourrait voir et contempler tel qu'il est.

G.

Nécessairement.

S.

Après cela il en arriverait à cette réflexion, au sujet du soleil, que c'est lui qui produit les saisons et les années, qu'il gouverne tout dans le monde visible, et qu'il est la cause, d'une certaine manière, de tout ce que lui-même et les autres voyaient dans la caverne.

G.

Après cela, il est évident que c'est à cette conclusion qu'il en viendrait.

S.

Mais quoi, se souvenant de son ancienne demeure, de la science qui y est en honneur, de ses compagnons de captivité, ne penses-tu pas qu'il serait heureux de son changement et qu'il plaindrait les autres ?

G.

Certainement.

S.

Et les honneurs et les louanges qu'on pouvait s'y décerner mutuellement, et les récompenses qu'on accordait à qui distinguait avec le plus de précision les ombres qui se présentaient, à qui se rappelait le mieux celles qui avaient l'habitude de passer les premières, les dernières, ou ensemble, et à qui était le plus capable, à partir de ces observations, de présager ce qui devait arriver : crois-tu qu'il les envierait ?

G.

Oui, je pense qu'il accepterait de tout endurer plutôt que de vivre comme il vivait.

4
Le retour — Le philosophe rejeté
S.

Et réfléchis à ceci : si un tel homme redescend et se rassied à la même place, est-ce qu'il n'aurait pas les yeux offusqués par l'obscurité en venant brusquement du soleil ?

G.

Si, tout à fait.

S.

Et s'il lui fallait à nouveau donner son jugement sur les ombres et rivaliser avec ces hommes qui ont toujours été enchaînés, au moment où sa vue est trouble avant que ses yeux soient remis — cette réaccoutumance exigeant un certain délai — ne prêterait-il pas à rire, ne dirait-on pas à son propos que pour être monté là-haut, il en est revenu les yeux gâtés et qu'il ne vaut même pas la peine d'essayer d'y monter ; et celui qui s'aviserait de les délier et de les emmener là-haut, celui-là s'ils pouvaient s'en emparer et le tuer, ne le tueraient-ils pas ?

G.

Certainement.

« S'ils pouvaient s'en emparer et le tuer, ne le tueraient-ils pas ? »
Platon — République, Livre VII (trad. Bernard Piettre)
Schéma Allégorie de la Caverne — Platon 02b

La symbolique de l'allégorie

Chaque élément représente une réalité philosophique

Schéma de l'allégorie de la caverne Le Soleil = L'idée du Bien Philosophe = Celui libéré Porteurs = Les sophistes Feu = La doxa Le Mur = Limite du savoir Prisonniers = Hommes ignorants Les Ombres = Fausses réalités
Touchez un élément du schéma pour découvrir sa symbolique.
Interprétation Allégorie de la Caverne — Platon 03

Le défi de l'éducation

Le passage de la doxa vers l'épistèmê

Platon critique la société ignorante. L'homme est capable d'apprendre, mais préfère de rester dans l'ignorance confortable. Il se contente de croire et non pas de savoir.

Doxa (=croyance)

Du grec ancien opinion, avis, jugement, rumeur.

L'ensemble des opinions communes considérées comme évidentes, qui s'imposent sans discussion et sans besoin d'arguments.

Épistèmê (=connaissance)

La forme la plus fiable de la connaissance — ce qui assure un vrai savoir.

Concept philosophique qui signifie la science.

L'allégorie représente

Le défi de l'éducation — donc le passage de la doxa vers l'épistèmê : de l'opinion vers la connaissance véritable.

Philosophie Allégorie de la Caverne — Platon 04

L'idée du Bien

Monde sensible et monde intelligible

Pour Platon, les Idées ne se trouvent pas dans le monde sensible, imparfait et soumis à la dégradation, mais dans une autre réalité — à laquelle on ne peut accéder que par la pensée : le monde intelligible, pur, éternel et absolu.

Une idée

Représente l'essence d'une chose — ce qu'il y a de commun. Par exemple, l'idée de l'homme en soi représente ce qu'il y a de commun aux différents hommes. Une idée est éternelle et absolue.

Le monde sensible

L'ensemble des choses qu'on peut apercevoir à travers nos sens. Il est une incarnation imparfaite d'une idée parfaite.

La pyramide des Idées
L'idée du Bien — le Soleil de l'allégorie : l'idée qui illumine toute autre idée et rend la connaissance possible
La Forme — l'Idée parfaite, modèle de toutes les copies (ex. la beauté en soi)
La copie imparfaite — une chose sensible qui participe de la Forme (ex. un beau tableau)
L'ombre de la copie — une image de l'image (ex. une photo ou une reproduction du tableau)
Application Allégorie de la Caverne — Platon 05

Matrix & l'allégorie de la caverne

Le film de 1999 comme miroir moderne de Platon

Une étape à la fois, avec la vidéo. Glisse pour passer à la suivante.
1

La caverne

Platon

Les prisonniers enchaînés ne voient que des ombres

Matrix

Les humains branchés à la Matrice vivent dans une simulation

2

Le choix

Platon

Un prisonnier est libéré de ses chaînes et contraint de se lever et de se retourner vers la lumière

Matrix

Neo choisit la pilule rouge et se libère de la Matrice

3

La montée

Platon

Forcé vers la lumière, le prisonnier souffre

Matrix

« Choisis la pilule rouge : tu restes au Pays des Merveilles. »

4

L'éblouissement

Platon

La lumière blesse les yeux habitués à l'obscurité

Matrix

Neo : « Pourquoi j'ai mal aux yeux ? » — Morpheus : « Tu ne les as jamais utilisés. »

5

Le refus de la vérité

Platon

Le prisonnier libéré, désorienté, croit que les ombres d'avant étaient plus vraies que ce qu'on lui montre

Matrix

Neo refuse d'abord d'accepter la dure vérité sur le monde réel

6

La trahison

Platon

Les prisonniers restés dans la caverne veulent tuer celui qui revient pour les libérer

Matrix

Cypher trahit l'équipage et livre Morpheus aux Agents pour retrouver l'ignorance : « Je sais que ce steak n'existe pas… Au bout de 9 ans, j'ai compris une chose : Qui ne sait rien. »

7

Le retour

Platon

Le philosophe redescend dans la caverne pour libérer les autres, malgré le risque

Matrix

Neo s'adresse aux humains de la Matrice : « Ce qui en découlera à vous d'en décider… » Il leur laisse le choix de relever le défi, comme le défi de l'éducation chez Platon.