Platon — La République, Livre VII · Le passage de la doxa vers l'épistèmê, ou comment l'éducation libère l'homme de l'ignorance confortable.
La condamnation de son maître Socrate en 399 av. J.-C. marquait un événement traumatique dans la vie de Platon. L'allégorie de la caverne est une allusion à l'apologie de Socrate, qui a été mis à mort pour avoir voulu interroger les hommes.
Condamné à mort en 399 av. J.-C. par un tribunal athénien pour impiété et corruption de la jeunesse, Socrate accepte la sentence avec calme et refuse de s'évader. C'est le juste condamné par la cité : la scène qui hante Platon. Dans la caverne, le prisonnier libéré qui revient délivrer les autres court le même risque d'être mis à mort.
La ciguë était le poison utilisé pour exécuter les condamnés à Athènes. Dans le Phédon, Socrate la boit sans trembler : il voit dans la mort la libération de l'âme hors du corps, comme le prisonnier qui sort de la caverne.
Les proches de Socrate pleurent alors que lui reste serein ; dans le Phédon, il leur demande de garder leur calme. Les larmes s'opposent à la sérénité du philosophe, qui ne craint pas la mort.
Selon le Phédon, on avait ôté les fers de Socrate le matin même. Il est libre de corps comme d'esprit, alors que les prisonniers de la caverne restent enchaînés par leurs opinions : les vraies chaînes sont celles de l'ignorance.
Un fragment de ciel filtre par la fenêtre : le monde du dehors, hors de la prison. On peut y lire, comme dans la caverne, l'image d'une lumière accessible seulement à celui qui s'élève au-dessus du monde des apparences.
Pourquoi le juste est-il condamné à mort ?
Platon était déçu par ses concitoyens trop attachés à leur monde matérialiste et à leur opinion. Une tendance qui se retrouvait aussi dans le travail des sophistes, qui faisaient souvent recours à la rhétorique pour prendre avantage des autres.
Ce n'est pas la voix populaire qui donne le vrai, mais le savoir et la compétence professionnelle.
Un tableau constitué d'images et de symboles, ayant chacun un sens déterminé — un récit imagé construit de façon à figurer une signification.
Un dialogue entre Socrate et son élève Glaucon d'Athènes. Socrate lui-même n'a rien écrit.
Imagine des hommes dans une demeure souterraine, une caverne, avec une large entrée, ouverte dans toute sa longueur à la lumière : ils sont là les jambes et le cou enchaînés depuis leur enfance, de sorte qu'ils sont immobiles et ne regardent que ce qui est devant eux, leur chaîne les empêchant de tourner la tête. La lumière leur parvient d'un feu qui, loin sur une hauteur, brûle derrière eux ; et entre le feu et les prisonniers s'élève un chemin en travers duquel imagine qu'un petit mur a été dressé, semblable aux cloisons que des montreurs de marionnettes placent devant le public, au-dessus desquelles ils font voir leurs marionnettes.
Je vois.
Imagine le long du mur des hommes qui portent toutes sortes d'objets qui dépassent le mur ; des statuettes d'hommes et d'animaux, en pierre, en bois, faits de toutes sortes de matériaux ; parmi ces porteurs, naturellement il y en a qui parlent et d'autres qui se taisent.
Voilà un étrange tableau et d'étranges prisonniers.
Ils nous ressemblent. Penses-tu que de tels hommes aient vu d'eux-mêmes autre chose que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face ?
Comment cela se pourrait-il, en effet, s'ils sont forcés de tenir la tête immobile pendant toute leur vie ?
Et pour les objets qui sont portés le long du mur, est-ce qu'il n'en sera pas de même ?
Bien sûr.
Mais, dans ces conditions, s'ils pouvaient se parler les uns aux autres, ne penses-tu pas qu'ils croiraient nommer les objets réels eux-mêmes en nommant ce qu'ils voient ?
Nécessairement.
Et s'il y avait aussi dans la prison un écho que leur renverrait la paroi qui leur fait face ? Chaque fois que l'un de ceux qui se trouvent derrière le mur parlerait, croiraient-ils entendre une autre voix, à ton avis, que celle de l'ombre qui passe devant eux ?
Ma foi non.
Non, de tels hommes ne penseraient absolument pas que la véritable réalité puisse être autre chose que les ombres des objets fabriqués.
De toute nécessité.
Envisage maintenant ce qu'ils ressentiraient à être délivrés de leurs chaînes et à être guéris de leur ignorance, si cela leur arrivait, tout naturellement, comme suit : si l'un d'eux était délivré et forcé soudain de se lever, de tourner le cou, de marcher et de regarder la lumière ; s'il souffrait de faire tous ces mouvements et que, tout ébloui, il fût incapable de regarder les objets dont il voyait auparavant les ombres, que penses-tu qu'il répondrait si on lui disait que jusqu'alors il n'a vu que des futilités mais que, maintenant, plus près de la réalité et tourné vers des êtres plus réels, il voit plus juste ; lorsque, enfin, en lui montrant chacun des objets qui passent, on l'obligerait à force de questions à dire ce que c'est, ne penses-tu pas qu'il serait embarrassé et trouverait que ce qu'il voyait auparavant était plus véritable que ce qu'on lui montre maintenant ?
Beaucoup plus véritable.
Si on le forçait à regarder la lumière elle-même, ne penses-tu pas qu'il aurait mal aux yeux, qu'il la fuirait pour se retourner vers les choses qu'il peut voir et les trouverait vraiment plus distinctes que celles qu'on lui montre ?
Si.
Mais si on le traînait de force tout au long de la montée rude, escarpée, et qu'on ne le lâchât pas avant de l'avoir tiré dehors à la lumière du soleil, ne penses-tu pas qu'il souffrirait et s'indignerait d'être ainsi traîné ; et que, une fois parvenu à la lumière du jour, les yeux pleins de son éclat, il ne pourrait pas discerner un seul des êtres appelés maintenant véritables ?
Non, du moins pas sur le champ.
Il aurait, je pense, besoin de s'habituer pour être en mesure de voir le monde d'en haut. Ce qu'il regarderait le plus facilement d'abord, ce sont les ombres, puis les reflets des hommes et des autres êtres sur l'eau, et enfin les êtres eux-mêmes.
Certainement.
Finalement, je pense, c'est le soleil, et non pas son image dans les eaux ou ailleurs, mais le soleil lui-même à sa vraie place, qu'il pourrait voir et contempler tel qu'il est.
Nécessairement.
Après cela il en arriverait à cette réflexion, au sujet du soleil, que c'est lui qui produit les saisons et les années, qu'il gouverne tout dans le monde visible, et qu'il est la cause, d'une certaine manière, de tout ce que lui-même et les autres voyaient dans la caverne.
Après cela, il est évident que c'est à cette conclusion qu'il en viendrait.
Mais quoi, se souvenant de son ancienne demeure, de la science qui y est en honneur, de ses compagnons de captivité, ne penses-tu pas qu'il serait heureux de son changement et qu'il plaindrait les autres ?
Certainement.
Et les honneurs et les louanges qu'on pouvait s'y décerner mutuellement, et les récompenses qu'on accordait à qui distinguait avec le plus de précision les ombres qui se présentaient, à qui se rappelait le mieux celles qui avaient l'habitude de passer les premières, les dernières, ou ensemble, et à qui était le plus capable, à partir de ces observations, de présager ce qui devait arriver : crois-tu qu'il les envierait ?
Oui, je pense qu'il accepterait de tout endurer plutôt que de vivre comme il vivait.
Et réfléchis à ceci : si un tel homme redescend et se rassied à la même place, est-ce qu'il n'aurait pas les yeux offusqués par l'obscurité en venant brusquement du soleil ?
Si, tout à fait.
Et s'il lui fallait à nouveau donner son jugement sur les ombres et rivaliser avec ces hommes qui ont toujours été enchaînés, au moment où sa vue est trouble avant que ses yeux soient remis — cette réaccoutumance exigeant un certain délai — ne prêterait-il pas à rire, ne dirait-on pas à son propos que pour être monté là-haut, il en est revenu les yeux gâtés et qu'il ne vaut même pas la peine d'essayer d'y monter ; et celui qui s'aviserait de les délier et de les emmener là-haut, celui-là s'ils pouvaient s'en emparer et le tuer, ne le tueraient-ils pas ?
Certainement.
« S'ils pouvaient s'en emparer et le tuer, ne le tueraient-ils pas ? »
Représente l'idée du Bien — la vérité absolue et suprême, accessible uniquement par la raison et la philosophie. C'est l'idée qui illumine toute autre idée et rend la connaissance possible, comme le soleil rend les choses visibles.
Celui qui a été libéré de ses chaînes et qui a contemplé la vérité. Il revient dans la caverne pour libérer les autres.
Représentent les sophistes et les politiciens qui manipulent l'opinion publique à leur avantage.
Représente la doxa — l'opinion commune, une lumière artificielle qui crée l'illusion de la réalité.
Représente la limite entre l'ignorance et le savoir — la frontière que le philosophe doit franchir.
Représentent les hommes ignorants — la société attachée à ses opinions et incapable de voir la vérité.
Représentent les fausses réalités — les opinions et croyances que les prisonniers prennent pour la vérité.
Platon critique la société ignorante. L'homme est capable d'apprendre, mais préfère de rester dans l'ignorance confortable. Il se contente de croire et non pas de savoir.
Du grec ancien opinion, avis, jugement, rumeur.
L'ensemble des opinions communes considérées comme évidentes, qui s'imposent sans discussion et sans besoin d'arguments.
La forme la plus fiable de la connaissance — ce qui assure un vrai savoir.
Concept philosophique qui signifie la science.
Le défi de l'éducation — donc le passage de la doxa vers l'épistèmê : de l'opinion vers la connaissance véritable.
Pour Platon, les Idées ne se trouvent pas dans le monde sensible, imparfait et soumis à la dégradation, mais dans une autre réalité — à laquelle on ne peut accéder que par la pensée : le monde intelligible, pur, éternel et absolu.
Représente l'essence d'une chose — ce qu'il y a de commun. Par exemple, l'idée de l'homme en soi représente ce qu'il y a de commun aux différents hommes. Une idée est éternelle et absolue.
L'ensemble des choses qu'on peut apercevoir à travers nos sens. Il est une incarnation imparfaite d'une idée parfaite.
Les prisonniers enchaînés ne voient que des ombres
Les humains branchés à la Matrice vivent dans une simulation
Un prisonnier est libéré de ses chaînes et contraint de se lever et de se retourner vers la lumière
Neo choisit la pilule rouge et se libère de la Matrice
Forcé vers la lumière, le prisonnier souffre
« Choisis la pilule rouge : tu restes au Pays des Merveilles. »
La lumière blesse les yeux habitués à l'obscurité
Neo : « Pourquoi j'ai mal aux yeux ? » — Morpheus : « Tu ne les as jamais utilisés. »
Le prisonnier libéré, désorienté, croit que les ombres d'avant étaient plus vraies que ce qu'on lui montre
Neo refuse d'abord d'accepter la dure vérité sur le monde réel
Les prisonniers restés dans la caverne veulent tuer celui qui revient pour les libérer
Cypher trahit l'équipage et livre Morpheus aux Agents pour retrouver l'ignorance : « Je sais que ce steak n'existe pas… Au bout de 9 ans, j'ai compris une chose : Qui ne sait rien. »
Le philosophe redescend dans la caverne pour libérer les autres, malgré le risque
Neo s'adresse aux humains de la Matrice : « Ce qui en découlera à vous d'en décider… » Il leur laisse le choix de relever le défi, comme le défi de l'éducation chez Platon.